L’œuvre peint de Léonard est parmi les plus célèbres du monde mais ses écrits, en revanche, variés et fournis, sont moins connus. Or ils sont divers en genres et styles : traité de peinture, pensées, fables, bestiaire, prophéties et autres petits textes littéraires montrent un Léonard polyvalent, y compris dans l’écriture. Tout ce qu’il écrit est relié à ses yeux par ce fil rouge qui lui paraît constituer l’essence même de la connaissance, à savoir l’expérience. Pour Léonard, tout mérite d’être observé, comparé, disséqué, analysé, comparé, car « l’expérience ne faillit jamais ». Cette affirmation sous-entend que si défaillance il y a, elle ne réside pas dans l’objet étudié mais dans celui qui en conduit l’étude. Seul le regard de l’homme est faillible, lui seul peut n’être pas à la hauteur de ce qu’il observe. Entre facéties légères et prophéties terribles, Léonard révèle la cruauté d’un homme décrit d’emblée comme un animal. Mais plus encore : l’homme détruit le monde qui l’entoure, absolument, totalement. Il est un « monstre cruel et impitoyable » qui menace tout « sur terre et sous la terre et sous l’eau ». Ce massacre, Léonard en a fait l’expérience en témoin implacable des guerres qui ont dévoré l’Italie, qui l’ont contraint à fuir d’une ville à l’autre, dans une errance désespérée qui le pousse à l’exil auprès d’un roi de France enfin bienveillant à son endroit.

Les textes de Léonard de Vinci sont nouvellement traduits par Sophie Salviati, agrégée d’italien, qui signe aussi la préface du livre. Spécialiste du Quattrocento italien, elle est notamment l’autrice de L’Orient des Médicis (La Louve édition, Strasbourg, 2023). Notre ouvrage est illustré par près de vingt gravures réalisées par Héloïse Vandermarcq, jeune artiste au talent protéiforme, qui s’est admirablement inspirée des textes de Léonard.